We are all Refugees

In English, in French11909508_1171524932864041_4877756800872856132_nOnce11892206_10153133822977643_8404134162947521449_n I was a refugee, too.  During the fall of former Yugoslavia, I visited many refugees camps all over the war-torn region.   I edited a book of  refugee stories.

Every war is different, so we should never put  wars into the same theoretical box, or placed on the same vanity shelf.   But anybody can become a refugee. Rich or poor, black or white, male or female, adult or a child.  There can never be absolute safety on Earth, and empathy is even rarer here.

Only few weeks ago, in downtown Belgrade, I saw the latest wave of refugees to cross that city.  As it happened, I’d just lost my purse to bag thieves, who carried off my legal and residency documents.  So I was distracted and rather oblivious of the world’s newly colossal refugee situation.  Wrapped in my own woes, I didn’t at first understand why these rather  decent-looking people were sleeping, eating and camping under the blasting August sun, next to the Belgrade bus and railway station.

I queued with them at the kiosk.  They were extremely polite and I must admit even dignified. They didn’t look ragged or out of their minds. They were unhappy but purposeful.

A Moroccan friend of mine later told me: the Syrian people are the best among all of us Arabs. Their culture, their language, it is something that all of us have admired for centuries. It breaks my heart to see them in that way, suffering with dignity, fighting for their lives.” She had tears in her eyes.

Only a year ago, I wrote a text for the Guardian why I didn’t think the remaining Syria state should be bombed but the USA.   I know very well what it means for people to be isolated from the outside world by sanctions, and  trapped inside their country by a criminal regime.   We had sanctions in Serbia for years on end living under the regime of Slobodan Milosevic.   His nationalist propaganda had the support of the so-called decent people, who lost more or more until uprisings finally  toppled  the regime.

In the case of Syria the uprisings have toppled nobody, the USA did not bomb the regime,  and the people are despairing and fleeing as best they can.  They flee with history and culture on their backs, with children or without, with money or without, to hit the roads and become burdensome to everyone while they struggle with their burdens.   At that point everybody has to take some piece of the responsibility for the state of the world as it is.

You cannot ignore the headlines in the papers, the deaths in refugee boats , the endless queues at the stations to nowhere…A loud cry for help, a solution, temporary and permanent. They have each other, as friends or enemies, but they are isolated from the world order.  They are nobody’ s people.  Their culture and road becomes nomadic.   They have no promise of a future of their own.   They are called displaced persons, or other euphemisms.

Young people have dreams. Kids laughed and played on that sun-blasted day without water at the Belgrade railways station. Because you can stop everything, kill everything. but not creativity and joy. Even in concentration camps.

I have no political solution to offer, I have no power, I don’t even have the standard politically-correct ideas about  refugee issues that arise all over the world nowadays.  I only know that there are more and more of them. From political refugees, civil war refugees, to refugees from climate change.   Those who run away from hunger, repression, bombs, and those who run away from fires, flood and nuclear disasters.   I’ve seen them all all over the world.

They do have something in common: they are proud, they don’t beg.  They are the vanguard,  for the dangers that overwhelmed them are coming to us ,too.  They wanted to stay alive,  they managed to escape death. What else could they do or say?  They could commit suicide like Walter Benjamin on the border with France and Spain, fleeing the Nazis and awaiting a visa that arrived a day after he killed himself.  To survive as a refugee takes nerve and patience.

It will not do to point at them them anymore, for it is about all of us. The nomad population is growing, thanks to political and ecological failure. We are wasting our own lives by neglecting planetary politics.   In the Mediterranean the nomads drown in illegal boats while the seaside swimmers find the ancient sea to be lukewarm with greenhouse heat — it’s not refreshing any more.   The glaciers are melting into torrents down the  Alps, wildfires are leaping in rich high-tech California, the refugees are landing on every shore they can physically reach.  Such is my news today. As life goes on.

Photos by Elvira Veselinovc, Berlin

Suzanne Simon Paunovic, Belgrade

J’ai été autrefois une réfugiée aussi. Pendant la chute de l’ancienne Yougoslavie, j’ai visité beaucoup de camps de réfugiés dans toute la région frappée par la guerre. J’ai édité un livre de récits de réfugiés.

Chaque guerre est différente, donc, on ne devrait jamais mettre les guerres dans la même boîte théorique, ou placée sur la même étagère d’insignifiance. Mais n’importe qui peut devenir un réfugié. Riche ou pauvre, noir ou blanc, homme ou femme, adulte ou enfant. On ne peut jamais avoir une sécurité absolue sur terre, et l’empathie est encore plus rare ici.

Il y a seulement quelques semaines, dans le centre de Belgrade, j’ai vu un flot de réfugiés traverser cette ville. Par hasard, je venais juste de perdre mon portefeuille par des voleurs de sacs- à main, qui contenaient mes documents légaux et de résidence. Donc j’étais distraite et plutôt sourde à la nouvelle situation colossale des réfugiés du monde. Emballée dans ma propre infortune. Je n’ai pas d’abord compris pourquoi ces gens à l’apparence plutôt décente dormaient, mangeait et campaient sous le souffle du soleil d’août, près de la station de bus et de trains de Belgrade.

photo Suzanne Simon Paunovic

J’ai fait la queue avec eux au guichet. Ils étaient extrêmement polis et je dois l’admettre, même  plein de dignité. Ils ne paraissaient pas en guenilles ou fous. Ils étaient malheureux mais décidés.

Une amie marocaine m’a dit plus tard : « Le peuple syrien est le meilleur parmi nous tous Arabes. Leur culture, leur langage, c’est quelque chose que nous avons tous admiré pendant des siècles. Cela me brise le cœur de les voir comme cela, souffrant avec dignité, luttant pour leurs vies. » Elle avait les larmes aux yeux.

Il n’y a qu’un an, j’ai écrit un texte pour le Guardian pourquoi je ne pensais pas que l’état restant de la Syrie devrait être bombardée, mais les US. Je sais très bien ce que cela signifie pour les gens d’être isolés du monde extérieur par des sanctions, et piégés dans leur pays par un régime criminel. Nous avons eu des sanctions en Serbie pendant des années pour finir par vivre sous le régime de Slobodan Milosevic. Sa propagande nationaliste avait le soutien des  gens considérés comme décents, qui perdait plus ou plus jusqu’à ce que des insurrections aient finalement renversé le régime.

Dans le cas de la Syrie, les insurrections n’ont renversé personne, les USA n’ont pas bombardé le régime, et les gens sont réduits au désespoir et fuient le mieux possible. Ils fuient avec de l’histoire et de la culture sur leur dos, avec des enfants ou sans, avec de l’argent ou sans, pour atteindre des routes et devenir un poids pour tout le monde tandis qu’ils luttent avec leurs fardeaux. A ce moment là, chacun doit prendre une certaine responsabilité pour l’état du monde tel qu’il est.

On ne peut pas ignorer les titres des journaux, les morts dans les bateaux de réfugiés, les queues sans fin dans des stations pour nulle part…Un cri sonore pour de l’aide, une solution temporaire et permanente. Ils ont les autres, comme amis ou comme ennemis, mais ils sont isolés de l’ordre mondial. Ce sont des gens « personne ». Leur culture et leur chemin devient nomadique. Ils n’ont pas leur propre promesse pour l’avenir. On les appelle, personnes déplacées, ou d’autres euphémismes.

Les jeunes ont des rêves. Des enfants rient et jouent en ce jour inondé de soleil sans eau à la station de la gare de Belgrade. Parce qu’on peut tout stopper, tout tuer mais pas la créativité et la joie. Même pas dans les camps de concentration.

Je n’ai pas de solution politique à offrir, je n’ai pas de pouvoir, je n’ai même pas les idées standards politiquement correctes sur la question des réfugiés qui surgissent maintenant dans le monde entier. Je sais seulement qu’il y en a de plus en plus. De réfugiés politiques, de réfugiés de guerres civiles à des réfugiés du changement climatique. Ceux qui fuient la faim, la répression, les bombes, et ceux qui fuient les incendies, les inondations et les désastres nucléaires. Je les ai vu partout dans le monde..

Ils ont quelque chose en commun : ils sont fiers, ils ne mendient pas. Ils sont l’avant-garde, car les dangers qui les accablent viennent aussi sur nous. Ils voulaient rester en vie, ils ont réussi à échapper à la mort. Que pouvaient-ils faire ou dire d’autre ? Ils auraient pu se suicider comme Walter Benjamin à la frontière entre la France et  l’Espagne,  fuyant les Nazis. attendant un visa qui est arrivé un jour après qu’il se soit tué.  Pour survivre comme réfugié il faut des nerfs et de la patience.

Je ne veux plus les mettre en évidence, parce qu’il s’agit de nous tous. La population nomade augmente grâce à l’échec politique et écologique. Nous rongeons nos propres vies en négligeant la politique planétaire. Dans la Méditerranée, les nomades noyés dans des bateaux illégaux tandis que les nageurs au bord de la mer trouvent leur ancienne mer tiède avec une chaleur de serre  – ce n’est plus rafraîchissant. Les glaciers fondent en torrents des Alpes, des feux de forêt jaillissent dans la riche Californie high-tech, les réfugiés atterrissent sur chaque côte qu’ils peuvent atteindre physiquement. Telles sont mes nouvelles aujourd’hui. Alors que la vie continue.

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About jasminatesanovic

Jasmina Tešanović (Serbian: Јасмина Тешановић) (born March 7, 1954) is a feminist, political activist (Women in Black, Code Pink), translator, publisher and filmmaker. She was one of the organizers of the first Feminist conference in Eastern Europe "Drug-ca Zena" in 1978, in Belgrade. With Slavica Stojanovic, she ran the first feminist publishing house in the Balkans "Feminist 94" for 10 years. She is the author of Diary of a Political Idiot, a war diary written during the 1999 Kosovo War and widely distributed on the Internet. Ever since then she has been publishing all her work, diaries, stories and films on blogs and other Internet media.
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