Croatia Mon Amour

in english, en francais, na srpskom

I am happy to be a loser. I am glad that I come from a country, Serbia, which lost all the wars of the nineteen-nineties. I am rejoicing every day of the year that there are fewer and fewer nationalist holidays which celebrate civilian heroic losses and phony war victories. No one celebrates the historical loss of democracy which such events bring.

I am happy that I spent this summer in Croatia, on the Adriatic coast, the coast of my youth, where I first learned how to swim, kiss and drink.  The coast where my late father grew up and studied, and where he fought the Second World  War against Fascists and Nazis.  I had dreamed of retreating to that blue coast some day, in order to live in truth, justice, and peace, and maybe get some writing done.

History has changed Croatia.  I passed the national day of the Croatian liberation, the Fifth of August, in a region where that clash of arms was keenly felt.  The days of gunfire of Operation Storm were few, but the lasting effect was the massive exodus of the ethnic Serbian population from the Croatian territories.

Fifteen years ago, I was near that war border, meeting Serbian refugees, fleeing soldiers in trucks and cars, civilians on foot, women in their nightgowns with babies in their arms.  People without homes, money, food or water, with bitter, desperate faces.   Those Croatian Serbs were sacrificed by the civil war.   First they were exploited by their own Serbian nationalist government as proxies for a guerrilla war.  Then they were crushed and scattered by a newly armed and capable Croatian regular army.   Finally the treaty of Dayton signed in 1995 legalized the ethnic cleansing throughout the Balkan region.   So they knew their ancient homes and fields no more.

Today, 15 years later, I spent this Croatian holiday  on the Adriatic coast, a hotbed of Croatian nationalism.  I came to no harm for it, although I was heckled on the stage for reciting a poem in the “Serbian” rather than the “Croatian” language.

Then I listened to the edifying story of a new friend: a Croatian veteran soldier. He had just returned from Afghanistan, where he fought side by side with American soldiers.  He now sported a digital-camouflaged American military “boonie hat,” a gift from an American comrade whom he imagined to be still alive.

On the fifteenth anniversary of a war, in which he had fought as an armed Croatian teen, he was in a mood for reflection.  He told me how back in 1995 he saved the life of a old Serbian woman abandoned by her family.  The entire Serbian population had fled at the rumor of the approaching army.  The old woman asked the soldiers to kill her, for she expected nothing less or more.   My friend’s army buddy was keen to do this, but he refused.  So the old woman lived.

He visited the old woman often afterwards, since her life now belonged to him. He lied to her that his name was “Hrvoje,” meaning The Croat, but she recognized this as a political gesture.  She always gladly received him in her newly Croatian home, giving him drinks and food. Even if he had killed her, he argued, that would not have been a “war crime.”   More a matter for the army or the retreating Serbian rebels.

I wonder what is her side of the story.  I don’t doubt she liked this bold eighteen year old soldier who saved her life, but I am also sure that she doesn’t much like the life that he saved, anymore.

In a similar way,  my foreign holidays in Croatia are no longer my own holidays in Croatia.  The most beautiful coast in the world, the blue seas that resembles the eyes of my late mother…  They belong to some other history now, where language is an instrument of state and not of the people who speak it.

Since I am a Serbian traitor, someone who always criticized Serbian nationalist policy, I find myself surprised to praise my country for losing its wars.   I want to live for my country not die for it, as Max Frisch, the Swiss author, used to say.   As time has passed, I find that I even want to live for a country that is no longer my own.  On the Croatian coast, a crude historical opportunism conceals the roots of European civilization under the windblown leaves of globalization.  Given the opportunity, I would give all the Serbian graves in Kosovo for a bathtub in the Adriatic.

Tomorrow’s Balkan children deserve their multi-ethnic cradles, not uprooted graves.

Croatie, mon Amour

translation by Edith Rubinstein

Je suis heureuse d’être une loser. Je suis contente de venir d’un pays, la Serbie, qui a perdu toutes les guerres du 19e siècle. Je me réjouis chaque jour de l’année qu’il y a de moins en moins de jours de fête nationalistes qui célèbrent les pertes civiles héroïques et des victoires de guerre factices. Personne ne célèbre la perte historique de démocratie qu’entraînent de tels événements.

Je suis heureuse d’avoir passé cet été en Croatie, sur la côte Adriatique, la côte de ma jeunesse, où j’ai appris à nager, à embrasser et à boire. La côte où mon père défunt a grandi et a étudié et où il a combattu pendant la Seconde guerre mondiale contre les Fascistes et les Nazis. J’avais rêvé de prendre un jour ma retraite sur cette côte bleue, pour y vivre dans la vérité, la justice et la paix, et peut-être pour arriver à écrire.

L’histoire a changé la Croatie. J’ai passé la journée nationale de la libération de la Croatie, le 5 août, dans une région où on a senti profondément le choc des armes. Les jours d’échanges de feu de l’Opération Tempête n’ont pas été nombreux, mais l’effet durable en a été l’exode massif de la population ethnique serbe des territoires croates.

Il y a 15 ans, j’étais près de cette frontière de guerre, rencontrant des réfugiés serbes, des soldats fuyant en camions et en voitures, des civils à pieds, des femmes dans leur chemise de nuit avec des bébés sur les bras. Des gens sans maison, argent, nourriture ou eau, avec des visages amères et désespérés. Ces Serbes croates étaient sacrifiés par la guerre civile. D’abord ils avaient été exploités par leur propre gouvernement serbe nationaliste comme combattants ( ??? proxies) pour une guerre de guérilla. Ensuite, ils ont été écrasés et dispersés par une armée croate nouvellement armée et capable. Finalement, le traité de Dayton, signé en 1995 a légalisé l’épuration ethnique dans tous les Balkans. Ils n’ont donc plus connus leur ancienne maison et leurs anciens champs.

Aujourd’hui, 15 ans plus tard, j’ai passé cette vacance croate sur la côte Adriatique, le foyer du nationalisme croate. Je suis venue sans crainte pour cela, bien que j’ai été chahutée sur la scène parce que j’ai récité un poème « en serbe » plutôt que dans la langue croate.

Ensuite j’ai écouté l’histoire édifiante d’un nouvel ami : un soldat vétéran croate. Il venait de revenir d’Afghanistan, où il avait combattu aux côtés de soldats américains. Il arborait maintenant un « chapeau du bled » de l’armée américaine à camouflage numérique, un cadeau d’un camarade américain qu’il imaginait toujours en vie.

En ce 15e anniversaire de la guerre, dans laquelle il avait combattu comme un adolescent croate armé, il était d’humeur à réfléchir. Il m’a raconté comment en 1995 il avait sauvé la vie d’une vieille femme serbe abandonnée par sa famille. La population serbe entière avait fui à la rumeur de l’arrivée de l’armée. La vieille femme avait demandé aux soldats de la tuer, car elle n’attendait plus ou de moins plus rien.. Son pote de l’armée tenait à le faire, mais il avait refusé. Et ainsi la vieille femme survécut.

Après cela il avait souvent rendu visite à la vieille femme, puisque sa vie lui appartenait maintenant. Il lui a menti en disant que son nom était “Hrvoje,”  signifiant Le Croate, mais elle avait reconnu cela comme un geste politique. Elle l’accueillait toujours avec plaisir dans sa maison nouvellement croate, lui donnant à boire et à manger. Même s’il l’avait tuée, argumentait-il, cela n’aurait pas été un « crime de guerre ». Plus une question pour l’armée ou les rebelles serbes en retraite.

Je me demande quelle est sa version de l’histoire. Je ne doute pas qu’elle aimait ce jeune soldat audacieux de 18 ans qui avait sauvé sa vie, mais je suis presque sûre qu’elle n’aime plus beaucoup la vie qu’il avait sauvée.

De la même façon, mes vacances à l’étranger en Croatie ne sont plus mes propres vacances en Croatie. La plus belle côte du monde, les mers bleues qui ressemblent aux yeux de ma mère défunte…Elles appartiennent à quelque autre histoire maintenant, où la langue est un instrument d’état et non pas du peuple qui le parle.

Puisque je suis une traître serbe, quelqu’une qui a toujours critiqué la politique nationaliste serbe, je suis surprise moi-même de louer mon pays d’avoir perdu ses guerres. Je veux vivre pour mon pays, pas mourir pour lui, comme avait l’habitude de le dire l’auteur suisse Max Frisch.  Avec le temps qui a passé, je trouve que je veux même vivre pour un pays qui n’est plus le mien. Sur la côte croate, un opportunisme historique rudimentaire cache les racines de la civilisation européenne sous les feuilles fouettées par le vent de la globalisation. Si on m’en donnait l’occasion, je donnerais toutes les tombes serbes du Kosovo pour une baignoire sur l’Adriatique.

Les enfants des Balkans de demain méritent leurs berceaux multi-ethniques, pas des tombes déracinées.

      

Hrvatska, mon amour

 Drago mi je sto sam gubitnica. Drago mi je sto sam poreklom iz zemje Srbije koja je izgubila sve ratove devedesetih godina proslog veka. Slavim svaki dan u godini kad nema nacionalistickih praznika koji slave herojske gubitke civila i lazne ratne pobede. Niko ne slavi istorijske  demokratske gubitke koje takve pobede nose sa sobom.

Drago mi je sto sam ovo leto provela u Hrvatskoj, na jadranskoj obali, obali moje mladosti gde sam naucila da plivam, da se ljubim, da pijem. Obali na kojoj je odrastao moj pokojni otac i gde se skolovao i borio  u Drugom svetskom ratu protiv nacista i fasista. Sanjala sam da se povucem na tu divnu obalu jednoga dana da bih razmisljala o istini pravdi i miru i da eventulano nesto i napisem o tome. Kao i o moru.

Istorija je promenila Hrvatsku. Provela sam dan nacionalnog oslobodjenja Hrvatske, peti avgust, u tom kraju gde je zveket oruzja 1995. itekako bio glasan.   Operacije “Oluja” je kratko trajala, ali trajna posledica je egzodus vise stotine hiljada srpskog etnickog stanovnista sa hrvatske teritorije.

Pre petnaest godina bila sam na granici, pošavši u susret srpskim izbeglicama: razalovanim vojnicima u kamionima i kolima, civilima pesacima, zenama u spavacicama sa bebama u narucju. Ljudima koji su ostali bez domova, novca, hrane vode, sa ogorcenim, ocajnim izrazima lica. Ti hrvatski Srbi  bili su zrtrve prljave politike u regionu. Isprva ih je iskoristila njihova sopstvena nacionalisticka vlada kao tenkovsko meso za geriljsko ratovanje . A onda  su prodati i razbijeni od strane novonaoruzane i  obučene hrvatske regularne vojske. Na kraju je potpisan Dejtonski sporazum 1995. koji je legalizovao etniciko ciscenje u celom balkanskom regionu. I time je bila zapecacena i poslednja mogućnost njihovog povratka domovima. Da bi ostali u Srbiji, uglavnom bez ikakvih prava, kao gubitnici Miloseviceve politike.

Danas, posle 15 godina, bila sam bas na drugoj strani granice, na onom delu jadranske obale gde je hrvatski nacionalizam bio najžešći. Nista mi se lose nije desilo osim sto su mi dobacivali na pozornici zato sto sam citala na srpskom umesto na hrvatskom jeziku.

Medjutim, cula sam fantastičnu pricu mog novog poznanika, hrvatskog vojnika veterana. Upravo se bio vratio iz Avganistana gde se borio rame uz rame s americkim vojnicima. Imao je na glavi kamuflazni sesir americke vojske, poklon koji mu je dao njegov americki prijatelj, jos uvek ziv, kako je pretpostavljao.

Na petnaestogodisnjicu rata u kome se borio kao mlad hrvatski vojnik, bio je spreman da razmislja i da se seca. Pricao mi je kako je davne 1995. spasio zivot jednoj starici koju je njena porodica u zbegu ostavila kuci. Celokupno srpsko stanovnisto je tada napustilo teritoriju zbog glasina o najezdi hrvatske vojske. Starica je trazila od hrvatskih vojnika da je ubiju jer nista drugo nije ni ocekivala, niti se ičemu drugom nadala. Kolega vojnik mog druga je bio spreman to da ucini, ali ovaj mu nije dozvolio. I tako je zena ostala ziva.

Cesto ju je zatim posecivao pošto je na neki nacin njen zivot sada njemu pripadao. Rekao joj je bio da se zove Hrvoje, znaci Hrvat, ali je ona odmah shvatila da je to politicka prica. Uvek ga je rado primala u svom rodnom hrvatskom domu, nudeci mu pica i hranu. Cak i da su je ubili, kaze on, to ne bio ratni zlocin  njegovih pretpostvaljenih, vec pre krivica njene porodice koja ju je ostavila.

Pitam se koja je njena verzija te price. Ubedjena sam da joj se dopao ovaj hrabar osamnaestogodisnjak, vojnik koji joj je zivot spasao, ali sam takodje sigurna da joj taj njen spaseni zivot nije naročito mio.

Tako i moje letovanje u Hrvatskoj nije vise moje licno letovanje u Hrvatskoj. Najlepsa obala na svetu, plavetnilo mora cija me boja potseca na boju ociju moje pokojne majke…To sada pripada nekoj drugoj istoriji, u kojoj je jezik instrument drzave a ne ljudi koji ga koriste.

S obzirom da sam ja srpska izdajica koja besomucno kritikuje srpski nacionalizam, odjednom mi je cudno da hvalim svoju zemlju,  makar i zato sto je izgubila ratove. “Necu da ginem za svoju zemlju, vec da zivim za nju”,  govorio je Maks Fris, cuveni svajcarski pisac. Medjutim, kako vreme prolazi, ja idem jos dalje, zelim da zivim za zemlju koja cak vise i nije moja. Na hrvatskoj obali, sirovi istorijski oportunizam krije korene evropske civilizacije ispod razgranate krošnje globalizacije. Kad bih imala priliku, dala bih sve  srpske grobove  na Kosovu za jedno parce  jadranskog mora.

Balkanska deca buducnosti zasluzuje svoje multietnicke kolevke a ne iskopane grobove.

      
      
      

      

About jasminatesanovic

Jasmina Tešanović (Serbian: Јасмина Тешановић) (born March 7, 1954) is a feminist, political activist (Women in Black, Code Pink), translator, publisher and filmmaker. She was one of the organizers of the first Feminist conference in Eastern Europe "Drug-ca Zena" in 1978, in Belgrade. With Slavica Stojanovic, she ran the first feminist publishing house in the Balkans "Feminist 94" for 10 years. She is the author of Diary of a Political Idiot, a war diary written during the 1999 Kosovo War and widely distributed on the Internet. Ever since then she has been publishing all her work, diaries, stories and films on blogs and other Internet media.
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